bandeau pour les pages récit de voyage retour à la page d'accueil
LES DESERTS > Récit de voyage > Derrière la façade

Chapitres

Rupture

Cahin-caha

La caravane passe

Française bon teint

Nomades

Derrière la façade

Voyageurs
de l'au-delà

Oasis miraculeuse

O nuit enchanteresse

L'empreinte indélébile
du désert

Crépuscule éternel

Fournaise incandescente

Décalage

Derrière la façade

Gravures rupestres

Les branches clairsemées d'un acacia nous ménagent un peu d'ombre pour la halte de midi. Après une marche de trois heures, les muscles sont tendus, les mollets durcis et les dos humides. Nous expérimentons de nouvelles sensations physiques, inhabituelles pour des citadins qui, parfois, utilisent leur voiture pour parcourir 200 mètres. Je ressens le plaisir intense et simple d'ôter mes chaussures, de m'asseoir et d'étirer mes jambes.
Après le repas reconstituant, mes camarades décident de ne pas déroger à la sempiternelle sieste. Je m'éloigne, appareil photo en bandoulière, pour tenter de saisir quelques instantanés de cette oasis isolée. Mon grand regret : n'avoir pu graver sur la pellicule tous ces visages, ces regards entraperçus au hasard des traversées de villages, dans les champs ou au détour d'un chemin. Dans ces endroits reculés l'exercice est malaisé. La majorité des gens renâclent et se dissimulent : pour eux la photo s'apparente à un vol de l'âme, une incarcération de ce qu'ils sont. Et les autres, à la faveur de la pauvreté, tentent d'en tirer quelques bénéfices. Ce que je n'ai pas voulu encourager.

La fileuse de laine

Le chemin serpente et s'étire, louvoyant entre les habitations en pisé, les rares palmiers et les résidus d'eau boueuse qui subsistent des dernières pluies. Chaque village que nous traversons offre le même tableau. Une multitude d'enfants, quelques femmes et des vieillards guettent notre arrivée et semblent escorter notre marche. Ils sont là, au seuil des maisons ou dans les champs, figés tels des statues d'albâtre. Dès que nous surgissons, ils abandonnent toute occupation et nous scrutent avec attention. Ils semblent guetter l'arrivée d'un être cher, fixant un indéfinissable point à l'horizon. Certains restent des heures immobiles, les mains vides, à attendre ce qui ne viendra pas. Peut-être ces hommes partis en ville, dont nul ne connaît ni le jour ni l'heure de retour.
Dans une cour en terre battue, une vieille femme est assise. Devant elle, un carton élimé dans lequel elle conserve des monceaux de poils noirs de chevrettes. Patiemment, elle file la laine, lui donnant forme et consistance. Dans son regard, je perçois toute la patience et la passion qu'elle investit dans cette activité : en comptant la préparation de la laine et la confection elle-même, il faut environ un mois pour parachever un tapis.

Pontifes mégalomanes

Nous poursuivons notre route. Imperceptiblement, le paysage change. Les pierres s'amoncellent sous nos pas. Nos pieds se tordent. L'effort est décuplé. La fatigue multipliée. Le groupe s'étire sur plusieurs centaines de mètres. Le taux d'humidité est très faible : la sueur de notre peau sèche immédiatement. Je n'ai pas l'impression de transpirer et, pourtant, je me déshydrate. La soif ne me tenaille pas, mais je m'efforce de boire sans cesse, sous peine de me dessècher rapidement.
Sur les hauteurs, des petites merveilles pluri-millénaires nous attendent. Il y a 5000 ans, une population inconnue a gravé dans la boue le témoignage de son existence. Aujourd'hui enchâssés dans la pierre, ces tableaux multiples sont protégés par le ministère marocain de la culture; quelques archéologues, peu scrupuleux, s'étant livrés à un pillage en règle. Gazelles, éléphants, félins : toute une faune, aujourd'hui disparue, s'affiche sous nos yeux. Avant les ardeurs du climat, c'est la conquête romaine qui a engendré leur perte. Les jeux du cirque et les caprices de quelques pontifes mégalomanes ont exilé vers Rome ces animaux exotiques.
Une tache de verdure émerge de l'amas désertique : l'oasis, dans laquelle nous allons passer la nuit, se profile. Sur le chemin qui la borde deux gamins chevauchent, à toute berzingue, un vélo hors d'âge. Dans les baraques qui jouxtent notre campement, des douches basiques ont été installées. Aucun de nous ne souhaitera les utiliser. Pleins d'aise, nous nous coulons dans notre quotidien, spartiate et provisoire.

Idées de voyage | Contact | Mentions légales | Plan du site

© Kami - Août 2010