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LES DESERTS > Récit de voyage > Crépuscule éternel

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Crépuscule éternel

La nuit tombe sur le désert

Le sable, rien que le sable. Il nous enveloppe de sa présence ouatée. Dans cette étendue uniforme, tous les sons sont étouffés. J'ai envie d'abandonner la tente et de m'endormir sous les étoiles, avec, pour seul manteau, le silence apaisant du désert. Notre guide m'en dissuade. Il sent que le vent se lève et approche. Il faut bâtir la frêle toile pour se prémunir de l'âcre violence des éléments.
Je décide de m'aventurer dans cet erg (désert de sable) qui doit couvrir, tout au plus, quelques kilomètres carrés. Une petite colline se dresse, surplombant l'aridité. Des vagues de sable montent à l'assaut de cette éminence minérale, conquérant les failles du moindre rocher. Comme si une neige beige était tombée en abondance. Une neige éternelle qui ne laisserait aucune chance à la vie.
Je jette un œil de l'autre côté de la montagne. Une petite plaine caillouteuse s'étale à mes pieds. Un camion, quelques abris et des chevaux : certainement des randonneurs qui arpentent cette terre désolée. Comme nous. Je décide de revenir au campement. Je ne peux accomplir un pas sans apercevoir des sacs en plastique, à demi enfouis dans le sable. Je les extirpe de leur gangue. Même ici, à mille lieues de la civilisation moderne, nous exportons nos déchets informes. Bientôt, plus aucun centimètre carré de la planète ne sera exempt de notre indélébile présence. La virginité de la nature ne sera plus qu'un lointain souvenir que les générations future n'auront que faire d'exhumer.

Pas éphémères

Peu à peu, le soleil descend. Mes camarades rejoignent, un par un, le promontoire le plus élevé pour admirer ce miracle sans cesse renouvelé. J'hésite. Je ressens une irrépressible envie de rester seule. Je me retourne. Sur le sable meuble, mes pas éphémères ont marqué le désert de leur empreinte. Aucune autre ne les accompagne : j'ai l'impression d'être abandonnée, égarée dans cette étendue immense où nul point de repère n'est visible. Prise d'angoisse, je décide d'aller contempler le spectacle apaisant de la naissance de la nuit.
L'astre du jour est multiforme, empreint de couleurs incandescentes qui éclaboussent le ciel pâle. Il se coule dans la terre, y pénétrant parfaitement. Je n'ai jamais vu un coucher de soleil aussi fulgurant. Incidemment, les grains de sable se rafraîchissent. La matière, qui pénètre dans mes sandales, apaise la brûlure de la journée. L'obscurité étend son ombre sur les dunes ambrées. Il est temps de revenir au bivouac.
Ce soir, l'équipe des chameliers a décidé de nous offrir un concert. Leur chant âcre et puissant déchire le silence de la nuit. Leur langue est âpre, rude. Les sons sont parfois gutturaux, parfois profonds. Je suis comme en transe, envoûtée par le rythme pénétrant de leurs hymnes berbères. Nous tentons, timidement, d'interpréter nos chants traditionnels. Ils semblent sans saveur à côté de la puissance immanente de leurs morceaux qui se répandent, avec force, dans l'espace infini.

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