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LES DESERTS > Récit de voyage > Fournaise incandescente

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Fournaise incandescente

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Fournaise incandescente

Un climat désertique et très chaud

Malgré les promesses d'un vent tumultueux, la nuit a été paisible. J'entends déjà mes camarades s'extirper des tentes en un chuchotement tenace. Le spectacle du lever du soleil les pousse à quitter les tréfonds de leur sac de couchage. Exténuée par plusieurs jours de sommeil tronqué, je ne parviens pas à me faire violence. D'autant que mon appareil photo a rendu l'âme il y a deux jours et que je ne pourrai pas immortaliser la magie de l'instant. 6h45. Une pâle clarté s'immisce à l'intérieur de mon habitat précaire.
Je risque un orteil dehors. Déjà, la chaleur monte. Les chaussures dénouées, vêtue d'un petit pull léger et de mon seul chèche, j'arpente les alentours. Demain après-midi, notre périple s'achèvera. C'est ce que je redoute, par dessus tout. Au désert, je me suis retrouvée seule face à moi-même, à mes contradictions, mes failles. Lorsque l'on marche, l'esprit revient à l'essentiel. Une expérience à la fois fondatrice, salvatrice et formatrice. Mais, dans mon fol espoir de voir ma situation précaire s'améliorer, n'ai-je pas mésestimé quelques obstacles. Lundi matin, je vais devoir me confronter à la réalité : le réveil risque d'être ardu.

Tendon d'Achille

Dernière corvée de démontage des tentes. Ce soir, nous retrouvons le confort : camping à la ferme chez les parents de notre guide. Au bout de quelques mètres, une forte odeur de crottin et de cheval assaille mes narines. Autour d'un van, quelques cavaliers s'apprêtent à enfourcher leurs montures. L'étroit plateau, sur lequel nous avons pris pied, marque la frontière entre l'erg et le reg; les dunes de sables et un environnement plus minéral. Depuis le début de la matinée, mon tendon d'achille me fait souffrir. Je suis contrainte à une marche rapide, de manière à ce que mes muscles ne se refroidissent pas. A chaque halte, mon talon craque. J'ai la sensation de posséder un élastique sec et tendu, prêt à se rompre.

Eden éloigné

Incidemment, la chaleur devient accablante. La sensation de soif permanente. Le magma minéral qui nous environne renforce cette impression d'étouffement. Le ciel danse et vacille devant mes yeux. Nul souffle d'air, nulle brise légère pour tempérer cette désagréable sensation. Le corps s'engourdit, les pas se font plus hésitants, plus lourds. Les courtes haltes se succèdent. La pénibilité de la chaleur se peint sur les visages, rouges et ensuqués. La plaine, ponctué de rares arbustes fantasmagoriques, s'étend à perte de vue.
L'oasis, que l'on distingue, semble un éden éloigné que nous n'atteindrons jamais. Martyrisant, sans vergogne, mon tendon fragilisé je distance mes camarades. J'avise une éminence, constituée d'autant de sable que de roches. Je la gravis, avec allant, et surplombe bientôt la plaine dans laquelle je distingue des points mouvants qui grossissent, à vue d'œil. Les derniers hectomètres avant la halte de midi s'effectuent dans une fournaise haletante. La crainte de me déshydrater m'assaille. Je dois boire. Même si je n'éprouve nulle sensation de soif, ni d'engourdissement. Enfin, nous gagnons les jardins verdoyants et la végétation.
C'est là, au coeur de cette oasis bienfaisante, que nous entamons notre deuil du désert. Dans quelques heures, toute trace de notre passage s'estompera, à jamais. Les chameliers ont entravé les dromadaires. Ce qui n'empêche pas Maurice, notre coqueluche, de vaticiner à la recherche gourmande de pousses d'acacia. Pour la première fois, depuis le début de la semaine, je décide de sacrifier au rituel de la sieste. Je plonge, pendant près d'une heure, dans un demi sommeil lourd, transpirant et sans rêves.

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