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LES DESERTS > Récit de voyage > L'empreinte indélébile du désert

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L'empreinte indélébile du désert

Le désert

L'aube du quatrième jour. Depuis le milieu de la nuit, le vent souffle en rafales mugissantes. Ce zéphyr qui sculpte et façonne les dunes de sable, effaçant toute trace humaine. Au fil de notre marche, je sens que le désert est proche. Que nous l'effleurons du doigt. Il s'est répandu hors de son territoire, colonisant peu à peu le monde des vivants : champs à l'abandon, maisons en ruines, puits asséchés...
Toute vie s'est retirée de ces contrées que seul le silence habite. Depuis le début des années 1990, la désertification progresse, inéluctablement. Le climat n'est pas l'unique responsable. L'homme, pour subsister, a coupé les arbres, remparts efficaces contre l'avancée de cette hydre furieuse. De loin en loin, quelques villes émergent de cette étendue monocorde et déroutante. Tels des mirages, posés ici par quelque main divine, minarets et toits s'élancent vers le ciel, comme en défi à la nature toute puissante. Les dunes se matérialisent sous nos yeux. Nous sommes au pied d'un gigantesque amas de sable. Des milliers, des milliards de grains se sont assemblés pour former cette éminence, aux courbes arrondies et harmonieuses.

Impuissants bipèdes

Chaque pas est laborieux. Nos pieds et nos chevilles s'enfoncent dans la matière meuble et fuyante. Nous avons la sensation de faire du surplace, de reculer à mesure que l'on avance. C'est un sentiment angoissant : celui de ne pas progresser, de stagner. Nous sommes contraints d'accepter notre faible condition d'impuissants bipèdes. Nous subissons les aléas de notre environnement. C'est lui qui dicte notre marche, décide de notre avenir. Nous ne sommes que des pantins besogneux face à cette immensité incontrôlable.
Dans La Bible, Dieu a donné la terre à l'homme pour qu'il la maîtrise et qu'il soumette tout ce qui y vit. Je m'aperçois que tout ceci n'est qu'un leurre : l'homme s'est donné l'illusion de sa toute puissance, en fabriquant ces jouets factices que sont la voiture, l'avion ou la centrale nucléaire. Mais, la nature demeurera toujours d'une indomptable et insaisissable beauté. Dans sa mansuétude, elle s'est laissée approcher et apprivoiser par ceux qui la souillent aujourd'hui.

Terre de feu

Au sommet de la dune, trois adolescents nous ont rejoint. De leurs doigts agiles, ils ont forgé de petits dromadaires en bambou. Ils nous offrent ces témoignages d'hospitalité. De la main, ils désignent leur ville-mirage au loin. Elle danse devant nos yeux saoulés de soleil. Les fesses fichées dans le sable, nous restons avec eux, immobiles et avares de paroles. L'éternité est à nous.
Je descend l'éminence moitié glissant, moitié courant. Des centaines de grains jaillissent autour de mes pieds, allant se loger dans le moindre interstice de mon sac et de mes vêtements. Tout l'après-midi, nous progresserons sur un terrain mixte, mêlant la volatilité du sable et l'assise de la terre. A l'ébauche de la dernière dune avant le bivouac, je décide de me déchausser. La sensation est irradiante. La matière brûlante m'enveloppe les pieds, le sable masse ma peau. Je me tiens en équilibre précaire sur la crête de cette gigantesque vague, forgée par le vent indomptable. La terre n'est plus qu'un immense brasier dans lequel je survis par la seule force de ma volonté.
Au loin, quelques 4X4 surnagent dans le paysage, juste au-dessus d'un bivouac de luxe. Comme une image factice plaquée sur ce paradis inviolé. Je ne peux m'empêcher de mépriser ceux qui optent pour ce type de tourisme. Ces gens, oublieux de tout respect, qui jettent leur indécente richesse à la face d'un monde qui ne se préoccupe ni d'argent, ni de rêves de puissance. Ici, seule la survie importe. Seule compte la recherche de l'absolu.

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