Huit heures du matin. Je viens d'engloutir tartines sur tartines, arrosées d'un jus d'orange fraîchement pressé. Pour l'heure, on ne peut pas dire que nous connaissions les affres d'une vie d'itinérance.
Je jette subrepticement quelques regards alentours en tentant de deviner l'identité de mes compagnons de virée. Ce couple grisonnant, ce quadragénaire ou ces quatre baroudeurs toulousains que je n'avais cessé de croiser dans les transports, la veille ? En réalité, mes futurs comparses ne sont pas encore là. Ils arrivent bientôt, au compte-gouttes. Tout ce petit monde prend ses quartiers dans le minibus qui nous acheminera au point de départ de la randonnée.
Le coffre déborde et le cuisinier, a même dû s'asseoir par terre, sans que ce manque de confort ne semble le troubler outre mesure.
Brinquebalés sur les routes encaissées et truffées de nids de poules, nous entamons notre périple. Le premier contact avec les six autres membres de l'équipe est prometteur. Frais, dispos et pleins d'allant, ils me tiennent éveillée. La nuit a été très courte et les cahots décuplent mon irrépressible envie de dormir.
Première pause au milieu de nulle part. La route se fraie un étroit passage au milieu du reg (désert de pierres). L'air est vif. La pluie, incongrue à cette époque, s'est invitée pendant deux jours, fin mars. La petite laine est de rigueur. A peine avons-nous mis le pied hors de l'habitacle, qu'un vendeur s'acharne à nous céder des petites boîtes confectionnées main, remplies à ras bord de dattes. Je file à l'anglaise, tandis que Bernard le Picard craque pour ces petites douceurs.
Une poignée de minutes plus tard, nous rembarquons manu militari dans la camionnette. Le chauffeur, un tantinet distrait, passe son temps à converser avec notre guide, une main sur le volant. Il mord allégrement sur la ligne de démarcation, frôlant quelques véhicules dont les chauffeurs demeurent impavides. Soudain, il freine dans la poussière devant un estaminet coloré, arborant des tissus multicolores.
C'est l'heure de l'indétrônable achat du chèche multi-usages : anti-soleil, anti-poussière et même anti-ronflement (des morceaux de kleenex dans les oreilles, recouvertes de cet accessoire seraient un excellent rempart contre les bruits nocturnes intempestifs). Avant de négocier âprement le prix de nos achats, le maître de céans insiste pour que nous honorions sa modeste demeure. Des dizaines de pièces, recouvertes de tapis, s'offrent à nos regards ébahis.
Entre deux onomatopées, prononcées par les touristes ébaubis, le commerçant nous vante les mérites de ces œuvres :
« Nous faisons même l'expédition » , argue-t-il d'un air gourmand. Après ces pérégrinations, un thé nous attend. Nous lézardons au soleil avant de récupérer chèches et bouteilles d'eau minérale. Non sans nous être interrogés sur l'identité des petites mains qui auraient pu confectionner d'aussi fins tapis.